Peut-on perdre de l’argent en bourse sur 10 ans ? J’ai tout compté
Publié le 26 septembre 2026 · mis à jour le 21 octobre 2026 · vérifié le 26 septembre 2026 · 10 min de lecture
Oui : sur 30 ans de MSCI World, 11 % des périodes de dix ans finissent en perte, et la pire à −34 %. J’ai compté toutes les périodes qui ont existé depuis 1997, mois par mois. Le résultat n’est pas un escalier : 76 % de périodes gagnantes à 3 ans, mais 71,6 % seulement à 5 ans. C’est à 15 ans que plus aucune période ne perd — sur l’indice mondial en dollars, et sur 176 périodes qui se chevauchent presque entièrement ; converti en euros, 3 périodes de 15 ans sur 152 finissent encore en perte. Sur le CAC 40, même 20 ans n’y suffisent pas. Mon PEA de trois ans à +17,68 % ne prouve donc rien : c’est une case dans ce tableau.
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76,3 %
des périodes de 3 ans finissent en gain
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71,6 %
à 5 ans — moins bien qu’à 3 ans
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11 %
des périodes de 10 ans finissent en perte (pire −34,2 %)
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100 %
des périodes de 15 ans en gain — indice en dollars
Sur cette page (8)
- Mes trois ans ne prouvent rien
- La méthode : regarder toutes les périodes, pas une seule
- Le tableau complet — et la bizarrerie des 5 ans
- Dix ans ne suffisent pas. Quinze ans : oui, sur ces données-là
- Sur le CAC 40, même vingt ans ne suffisent pas
- Ce que ce calcul ne dit pas
- Ce que j’en fais
- Refaire le tableau sur vos supports
Dix ans. C’est la durée qu’on donne partout comme la garantie de ne pas perdre en bourse. J’ai fait le calcul sur trente ans de marché mondial : sur toutes les périodes de dix ans qui ont existé, 11 % finissent en perte, et la pire d’entre elles à −34,2 %. L’Autorité des marchés financiers le dit d’ailleurs elle-même : même sur dix ans, un placement en actions comporte un risque de perte.
La phrase « sur le long terme, la bourse monte toujours » a un défaut : elle ne dit jamais combien d’années fait le long terme. Tant que le mot n’a pas de chiffre derrière, ce n’est pas une information. Voici le chiffre.
Mes trois ans ne prouvent rien
Mon PEA a trois ans. J’y ai versé 19 629 € ; il valait 23 214 € au 19 août 2026, et mes lignes affichent +17,68 % sur leur prix de revient, pertes comprises — dont une ligne Hermès en perte, que je n’ai jamais vendue. Le détail ligne par ligne est dans mon portefeuille réel.
Sur le papier, ça marche. Mais ces chiffres ne répondent pas à la seule question qui compte pour vous : est-ce que j’ai eu raison, ou est-ce que je suis simplement tombé sur une bonne fenêtre de trois ans ? Je n’en savais rien. Alors je suis allé compter.
La méthode : regarder toutes les périodes, pas une seule
Quand on vous montre une performance, on vous montre presque toujours une période : celle qui va du début du graphique à aujourd’hui. Personne n’investit le premier jour du graphique. On commence le mois où l’on commence, et on sort le mois où l’on a besoin de l’argent.
Le calcul est donc le suivant :
- Prendre l’indice MSCI World mois par mois, de janvier 1997 à août 2026 : 356 mois de données.
- Découper toutes les périodes d’une durée donnée : celle qui commence en janvier 1997, celle qui commence en février, et ainsi de suite jusqu’à la dernière. Pour trois ans, ça fait 320 périodes.
- Pour chacune, une seule question : elle finit en gain, ou en perte ?
- Compter.
On n’obtient plus une moyenne, mais une proportion. Ce n’est pas la même information : la moyenne dit ce qui s’est passé en général, la proportion dit dans combien de cas vous auriez perdu.
Le tableau complet — et la bizarrerie des 5 ans
| Durée | Périodes comptées | Finissent en gain | Pire cas | Médiane |
|---|---|---|---|---|
| 1 an | 344 | 70,3 % | −48,4 % | +11,2 % |
| 2 ans | 332 | 75,0 % | −49,6 % | +16,5 % |
| 3 ans | 320 | 76,3 % | −47,7 % | +21,8 % |
| 5 ans | 296 | 71,6 % | −29,9 % | +30,9 % |
| 10 ans | 236 | 89,0 % | −34,2 % | +66,7 % |
| 15 ans | 176 | 100 % | +19,2 % | +94,7 % |
| 20 ans | 116 | 100 % | +29,4 % | +188,6 % |
MSCI World en dollars, indice de prix, janvier 1997 → août 2026. Un point de départ par mois.
Jusqu’à trois ans, c’est ce qu’on attend : plus on tient, mieux c’est. Puis à cinq ans, ça redescend : 71,6 % de périodes gagnantes, moins bien qu’à trois ans. Près de trois périodes de cinq ans sur dix finissent en perte.
Ce n’est pas une erreur de calcul. La probabilité de gagner ne dépend pas seulement de la durée : elle dépend de l’endroit où tombe la période. Les périodes de cinq ans qui démarrent en 2000 ou en 2007 traversent un effondrement complet du marché sans avoir le temps de voir le rebond. Allonger la durée n’aide que si l’allongement dépasse le temps qu’il faut au marché pour se relever. En dessous, on allonge simplement la fenêtre dans laquelle une crise peut tenir tout entière.
Remarquez aussi la colonne « pire cas » : à cinq ans, on perd plus souvent qu’à trois, mais moins lourdement (−29,9 % contre −47,7 %). Les deux colonnes ne racontent pas la même chose, et c’est pour ça qu’il faut lire les deux.
Dix ans ne suffisent pas. Quinze ans : oui, sur ces données-là
À dix ans, 89 % des périodes finissent en gain. Autrement dit, une période de dix ans sur neuf finit dans le rouge, et la pire à −34,2 %. La durée qu’on vous vend comme la sécurité ne l’est pas.
À quinze ans, 100 %. Plus une seule période perdante sur les 176 disponibles, et la moins bonne de toutes finit à +19,2 %.
Il faut être précis sur ce que ça veut dire : ce n’est pas une garantie à quinze ans. C’est un constat : sur les données dont on dispose, aucune période de quinze ans n’a fini en perte. Un constat sur le passé, pas une promesse sur l’avenir.
Et ces données sont plus minces que le « 100 % » ne le laisse croire :
- 176 périodes, ce n’est pas 176 histoires. Elles commencent toutes entre janvier 1997 et août 2011, et deux périodes voisines partagent 179 mois sur 180. Les 356 mois de données ne contiennent même pas deux périodes de quinze ans qui ne se recouvrent pas. C’est un échantillon de marché, pas 176 expériences indépendantes.
- C’est l’indice en dollars. Un épargnant français investit en euros, et le change n’est pas mesuré dans ce tableau. Refait en euros — l’indice converti au taux de fin de mois de la BCE, depuis janvier 1999, puisque l’euro n’existe pas avant —, le calcul donne 3 périodes de quinze ans en perte sur 152, celles qui démarrent entre décembre 1999 et septembre 2000. La pire, d’août 2000 à août 2015, finit à −5,3 % en euros, quand elle gagne +19,2 % en dollars. À dix ans, sur la même fenêtre, la part de périodes gagnantes passe de 89,2 % en dollars à 80,7 % en euros, la pire à −45,3 %.
- C’est un indice de prix. Les dividendes n’y sont pas, ni en dollars ni en euros : ils amélioreraient ces chiffres, sans que le tableau le mesure.
« Quinze ans, oui » veut donc dire : sur l’indice mondial en dollars, hors dividendes, entre 1997 et 2026, aucune période de quinze ans n’a perdu. Pas plus.
À quoi ressemble, de l’intérieur, l’une de ces périodes perdantes ? J’ai mesuré la pire baisse de mes propres ETF : −66 % sur le S&P 500 acheté en août 2000, et quatorze ans pour revoir la mise.
Sur le CAC 40, même vingt ans ne suffisent pas
Si tout votre argent est investi en France, le résultat change complètement. Même calcul sur le CAC 40, avec plus de recul : 437 mois, depuis mars 1990.
| Indice | Ce qu’il contient | À 15 ans | À 20 ans |
|---|---|---|---|
| MSCI World | ≈ 1 500 entreprises, 23 pays développés | 100 % | 100 % |
| CAC 40 | 40 entreprises, un pays | 86,8 % | 93,9 % |
Part des périodes qui finissent en gain. Indices de prix, dividendes exclus ; MSCI World en dollars, CAC 40 en euros.
Six périodes de vingt ans sur cent finissent en perte sur le CAC 40 — la pire à −30,1 %, après vingt ans. Ça ne dit pas « le CAC est mauvais ». Ça dit que la durée ne rattrape pas la concentration : tenir plus longtemps ne répare pas un portefeuille qui ne tient que sur quarante lignes d’un même pays. Ce sont deux leviers différents, et on ne parle presque jamais que du premier. La diversification elle-même a ses limites, détaillées dans un seul ETF MSCI World suffit-il ?.
Ce que ce calcul ne dit pas
Les dividendes n’y sont pas. Ce sont des indices de prix : les dividendes ne sont pas réinvestis. Les vraies proportions de périodes gagnantes sont donc meilleures que celles du tableau. Il est pessimiste — et c’est la limite qui joue contre ma propre démonstration.
Le change n’y est pas non plus, et il joue dans l’autre sens. Le tableau est en dollars. Pour un épargnant en euros, la même période a été moins favorable : 80,7 % de périodes gagnantes à dix ans, et trois périodes perdantes sur 152 à quinze ans. C’est la limite qui joue contre le « quinze ans, oui ».
Trente ans de données ne sont pas l’avenir. Ce calcul ne peut pas produire une crise pire que la pire qu’il contient. Si les trente prochaines années ne ressemblent pas aux trente dernières, aucun de ces pourcentages ne tient.
Il ne connaît pas votre date. Le tableau dit combien de temps il fallait tenir. Il ne sait pas si vous aurez besoin de cet argent dans quatre ans pour un apport. Moi, j’ai cassé un plan d’épargne logement en mars 2025, en partie pour l’apport d’un appartement : la contrainte qui a décidé, ce n’était pas le marché, c’était ma date.
Ce que j’en fais
Ce calcul a changé une seule chose chez moi : je ne mets plus sur mon PEA que l’argent dont je suis à peu près certain de ne pas avoir besoin avant au moins dix ans. Le reste ne va pas en bourse, même quand le marché monte. Placer à cinq ans un argent dont le tableau dit qu’il perd près de trois fois sur dix, c’est choisir un risque avant de s’en plaindre. L’argent des prochaines années a sa place ailleurs — c’est le sens de garder sur un livret sans y épargner.
Dix ans au moins : c’est un plancher, pas le seuil à partir duquel le tableau ne montre plus de perte. À dix ans, une période sur neuf a encore fini dans le rouge ; à quinze ans, aucune en dollars, trois sur cent cinquante-deux en euros. L’écart entre ce plancher et les quinze ans du tableau, c’est un risque qui reste — chiffré plus haut, pas effacé.
Et ce calcul ne dit pas non plus qu’il faut attendre quinze ans pour commencer. Il dit que la durée est une variable, qu’elle se chiffre, et qu’elle se choisit en fonction de la date à laquelle vous aurez besoin de l’argent.
Mon +17,68 %, lui, n’est pas une note sur ma méthode. C’est une case dans un tableau.
Refaire le tableau sur vos supports
La carte « Combien de temps il fallait tenir » de Wallet Simulator — le simulateur que je développe — sort ce tableau sur la sélection de votre choix. Le lien ouvre directement la simulation de la vidéo, sur l’indice MSCI World. Regardez en particulier la colonne « pire cas » : c’est celle que personne ne montre, et la seule qui dise ce que vous devez être capable d’encaisser.
Calcul sur l’indice MSCI World en dollars (janvier 1997 → août 2026) et le CAC 40 (mars 1990 → août 2026), indices de prix, dividendes exclus, un point de départ par mois. Variante en euros : MSCI World converti au taux EUR/USD de fin de mois de la BCE, janvier 1999 → août 2026 (données de Wallet Simulator). Relevé de mon PEA au 19 août 2026. Je ne suis pas conseiller financier : je publie mes propres chiffres, et rien ici n’est une recommandation d’investissement.